De retour du Masaï Mara…

Et voilà, je suis revenu hier de ma moisson annuelle de photos animalières. cette année 14 jours au Masaï Mara (Kenya).

La troisième fois au Mara, mais la première en Février. Un décor très différent, en particulier cette année du fait du dérèglement climatique.

Février, un mois chaud et sec

C’est ce qui est écrit dans tous les guides de voyage. Mais cela c’était avant le « dipôle de l’océan Indien ». Vous ne connaissez pas le mécanisme du dipôle ? C’est l’un des principaux paramètres météorologiques en Afrique de l’Est, l’équivalent d’El Niño de l’océan Pacifique.

Il s’agit d’une oscillation irrégulière des températures de surface de la mer, dans la partie occidentale de l’océan Indien. Lorsque le dipôle est positif, la température de l’eau est plus élevée que la normale sur les côtes de l’Afrique de l’Est. Les pluies sont fortes en Afrique et faible en Australie voire même conduire à des sécheresses. À l’inverse, un dipôle négatif provoque des sécheresses sur le continent Africain, comme en 2016-2017, et des pluies plus fortes en Australie.

Cette année le dipôle est positif. Pluies torrentielles en Afrique de l’Est, sécheresses records en Afrique Australe. Près de deux années de pluie sont tombées le 27 novembre à Djibouti !  Des régions ont été recouvertes d’eau en Somalie. Les inondations et des coulées de boue n’en finissent plus au Kenya. Plus à l’intérieur des terres, l’Ouganda, l’est de la République démocratique du Congo mais aussi le Soudan du Sud, sont aussi touchés. Plus au Sud, Zimbabwe, Zambie, Afrique du Sud, c’est la sécheresse.

Pour davantage d’information sur le Dipôle de l’Océan Indien : cliquer ici

Desert locus crisis

Comme si cela ne suffisait pas, et pour la même raison, les criquets pèlerins ont envahi l’Éthiopie, la Somalie et le Kenya. Le Kenya est le plus touché. Il y a juste quelques jours, des essaims ont traversé la frontière vers la Tanzanie, un autre essaim a traversé vers l’Ouganda. Un seul de ces essaims est vaste comme le Luxembourg. Poussés par les vents, ces nuages de criquets peuvent aisément parcourir 150 km en une seule journée. Chacun d’entre eux ingurgite quotidiennement l’équivalent de son poids. Un essaim de 200 milliards de criquets est ainsi capable de dévorer chaque jour 400 000 tonnes de nourriture (cf. Appel FAO).

Criquets pèlerins FAO:Yasuyoshi Chiba
FAO:Yasuyoshi Chiba

Un Masai-Mara bien différent de d’habitude

Pas de criquets pèlerins, mais de l’eau en quantité ! Le triangle du Mara est une vaste plaine, typique de la savane Africaine, plantée de quelques arbres épars. Mais qui se transforme très vite en pseudo marécage, quand l’eau stagne et s’accumule.

Les pistes sont inondées et difficilement praticables.  Notre rayon d’action et de recherche des animaux est fortement réduit.  Les deux rivières, Mara et Tallek qui dessinent ce triangle, sont transformées en torrents bruyants et infranchissables, qui parviennent même à couvrir les bruits des hippopotames durant la nuit !

Le Masai-Mara est connu pour être difficilement accessible par la route. Il faut compter 8 heures depuis Nairobi. Cette année les routes sont encore plus difficiles que d’habitude. Les sorties de route et les accidents sont nombreux. Et ensuite les pistes caillouteuses et inondées qui vous balancent dans tous les sens pendant des heures. Cela ne handicape pas cependant la bonne humeur des Africains, leur pratique collective du deux-roues et leur sens de la créativité.  

Du travail pour plusieurs semaines…

Certes la première semaine a été très marquée par la météo. Des déplacements difficiles, au moins un véhicule embourbé par jour, et de la pluie en soirée. Mais la deuxième a été plus « normale ». Les pistes sèchent relativement vite, même si le hors-piste est resté jusqu’au bout plus proche du surf que de la conduite. Et surtout le soleil redonne de l’énergie, du plaisir et de la vie. Et puis, beaucoup d’herbe verte et haute, dans lesquels se plaisent à se réfugier les félins, et qui piègent constamment la mise au point, sources de belles images mais challenge permanent pour le photographe.

Au final, près de 8700 photos à trier et évaluer. Beaucoup de lions bien sûr, comme d’habitude au Kenya, mais aussi quelques léopards, des éléphants, des hyènes, des guépards, des oiseaux… Il va vous falloir patienter encore un peu pour voir le livre « Kenya 2020 ». Mais je peux déjà vous annoncer quelques beaux portraits de lions et une chasse d’un guépard…

À suivre…