Le diable est dans les détails…

Rien, si ce n’est juste quelques détails dans le coin là-bas…

Il arrive parfois que rien d’évident ne se présente à l’oeil insatiable, à l’index frétillant et toujours prêt du photographe. En tout cas, rien de ce qu’il avait prévu. Rien de ce qu’il avait imaginé photographier ce jour-là.

Alors, son oeil vagabonde. Le photographe lève la tête au ciel, la baisse vers le sol, se frotte un peu les yeux… Et soudain, oui c’est cela, un détail, une forme, une couleur, un éclairage ou un mélange de tout cela retient son attention. Il regarde de plus près. Certains diraient pas de quoi faire une photo. Et pourtant, quand on regarde bien, il y a quelque chose d’attirant, peut-être quelque chose d’harmonieux, son oeil reste accroché un instant, son esprit part en ballade… 

D’autre fois, le photographe rentre de sa journée avec quelques photos, mais il sait qu’il n’a rien de concluant. Rien qui ne lui convienne, pas le déclic. Il charge quand même les photos sur son ordinateur et les passe en revue. Rien, non rien de rien… Quand soudain, oui ce détail là, peut-être…

Seulement voilà un détail, ce n’est pas le tout. Un détail ce n’est rien du tout, ou si peu. D’ailleurs souvent on le voit pas et jamais on ne lui attache de l’importance. C’est le karma, la condition d’être des détails. Toujours se faire discret, passer inaperçus, ne pas être indispensables, s’effacer devant l’essentiel, le principal…

Photographier un détail, c’est accepter d’oublier le principal. Et sans voir le principal comment pouvoir le reconnaître ?  Photographier un détail, c’est accepter l’incomplet, c’est courir le risque de l’abstrait. C’est aller devant l’incompréhension. Risquer la question qui tue : « qu’est-ce que c’est ? », ou pire « qu’est-ce que tu as voulu faire ? »

La peinture a suivi cette voie depuis longtemps déjà. N’a-t-elle pas prouvé largement que l’on peut parfois aimer simplement des formes plus ou moins figuratives ou un ensemble de couleurs enfermé dans un cadre ?

N’avez vous jamais vous mêmes été intrigués et attirés la nuit pas des lumières, par des formes non définies ? N’êtes-vous jamais restés à regarder des nuages former et  déformer des objets, des personnages, quelques détails pendant un long moment ?

Le flou, déjà largement illustré sur ce site (cliquer ici), nous force à prendre du recul sur le réel. Mais il conserve l’essentiel. Il l’estompe et en gomme les détails. Il rend le principal secondaire mais il le garde précieusement.

Le détail, lui, nous contraint à abandonner l’essentiel. Il réclame toute notre attention pour lui uniquement. Mais en acceptant d’oublier le principal, nous nous retrouvons happés par l’abstraction beaucoup plus sûrement et rapidement. Le détail nous interpelle fortement pas son incomplétude et il ne veux plus nous lâcher. En captant toute notre attention, il cherche à nous enfermer, à nous captiver indéfiniment.

Mais le détail et flou, ne sont pas ennemis. Le détail est bienveillant, il accepte le flou. L’inverse est moins vrai.

Le détail est précieux. Il nous fait souvent redécouvrir ce qui nous entoure et que l’on ne voit jamais. Par définition bien sûr, puisqu’il est un détail, mais aussi parce que notre vie moderne, nous contraint à nous  agiter sans cesse, à nous presser de sauter d’un essentiel à un autre le plus vite possible…

L’abstrait de détail, nous force à ralentir. Soit on passe sans le voir. Soit on s’arrête mais alors on s’interroge et on voyage dans l’inconnu…

Abstractions