Fake news en chaîne

Ce matin, mon café est bien amer. Ô rage, Ô désespoir ! Mon coeur et ma tête s’emportent à la lecture des nouvelles : Oh non pas le Botswana !!!

« Un rapport demandé par le nouveau président du Botswana, recommande de lever l’interdiction de la chasse et l’introduction de l’abattage régulier mais limité d’éléphants ». 

Fake news au Botswana

En Mars, lorsque la Présidence de Ian Khama a pris fin, les analystes déclaraient que la nouvelle présidence ne devrait pas différer de la précédente. Fake news s’il en est !

Ian Khama, défenseur passionné de la faune sauvage, a établi l’interdiction de la chasse en 2014.

Le Botswana, du fait de cette politique de protection draconienne, était devenu un refuge pour près de 30% de la population d’éléphants d’Afrique. Et de fait, est devenu une destination de rêve pour près de 2 millions de touristes annuellement. Autant de bienfaits qui ont contribué à réduire la dépendance du pays aux diamants et qui ont fourni de nombreux emplois bien rémunérés, ne serait-ce que par la pratique des « tips ».

En Mai cependant, la première mesure du nouveau président a été le désarmement de l’unité antibraconnage pour une obscure « raison légale ».  En septembre, une ONG découvre près de 90 carcasses d’éléphants. Le gouvernement en minimise le nombre et surtout déclare que cela n’a absolument « aucun lien avec la récente décision prise ». Cette fois, la légalisation de la chasse permettrait de « promouvoir la conservation des animaux ». Fake news ?

Comme d’habitude, les justifications évoquées sont les mêmes : destructions insupportables des cultures, trop forte densité d’animaux sur le territoire, volonté de créer des revenus pour les populations pauvres locales… Un ensemble d’arguments dont aucun n’est établi de manière scientifique, et même souvent complètement démenti par les faits. 

Fake news chez les chasseurs

Pour eux, la mesure est naturellement la bienvenue. Ils ne renoncent à aucune « fake news » pour la justifier : lu sur un site d’un magazine de chasse français qui annonce cette nouvelle : « L’éléphant est dans certaines régions l’équivalent de la présence du sanglier pour nous ».

Jugez vous-même !

Une femelle éléphant, atteint sa maturité sexuelle vers 15 ans. Sur les 50 à 60 ans de sa vie, elle peut avoir au mieux une dizaine de petits. Une laie elle, atteint sa maturité sexuelle entre 8 et 12 mois et a 6 à 8 petits par an, soit environ 70 petits tout au long de sa vie. Équivalent, non ?

Par ailleurs, la population globale des éléphants d’Afrique est estimée à 420 000 soit bien moins que celle des sangliers en France qui est actuellement estimée entre 600 000 et un million.

Ce n’est sûrement pas non plus la densité d’animaux au Km2 qui est équivalente puisque le seul Botswana est presque aussi grand que la France, alors si on rajoute le Kenya, la Tanzanie, la Zambie, le Zimbabwe…

Je cherche encore l’équivalence !

Une mesure inutile et dangereuse

Si l’effet d’un « prélèvement limité et raisonné », avant l’interdiction il était de l’ordre de 500 par an, n’est pas significatif sur une population globale de 130 00 éléphants. Il n’a par conséquent pas d’effet sur la réduction des dommages supposément dû à la trop forte densité d’animaux. Quel va donc être le quota pour que cette mesure soit-elle donc souhaitable ?

Même avec un permis à 50 000$ par tête (chiffre non encore connu), 500 permis ne vont pas remplacer la perte d’image et de revenus liés à l’annonce d’une telle mesure sur les 2 millions de touristes annuels. Ce n’est donc pas non plus pour réduire la dépendance au diamant et réduire le chômage, les deux axes principaux annoncés du président Mokgweetsi Masisi. En quoi est-elle donc souhaitable ?

Rappelons que le braconnage à destination du Vietnam et de la Chine, est quant à lui un « prélèvement » incontrôlé et irraisonné estimé à 30 000 éléphants annuellement , soit un toutes les 15 minutes environ ! Le désarmement des gardes, ne va sûrement jouer en faveur d’une réduction ou d’un meilleur contrôle de ce chiffre.

Dans les choses sûres cependant, on peut dire que la chasse aux trophées réduit toujours le nombre de mâles. Ils sont plus spectaculaires par leur taille et porteur, en général, de plus grosses défenses. La chasse perturbe énormément la vie des hordes en prélevant la matriarche, souvent pour les mêmes raisons que précédemment. Ce qui laisse les hordes perdues et démunie sans leur guide, les jeunes déprimés et les turbulents adolescents sans maître d’apprentissage. L’effet sur les détériorations aux cultures est certain !

De plus, la chasse est généralement synonyme d’une remontée de la valeur des trophées et du prix de l’ivoire, et donc du braconnage. De quoi compliquer encore la mise en place d’une telle mesure. Même si jusqu’à aujourd’hui, le Botswana était connu pour sa transparence et son absence de corruption, la fixation, le respect des quotas et la délivrance des permis seront-ils demain robustes et transparents…

Nous avons eu la chance, à Chobe ou dans le delta de l’Okavango, de croiser cet animal aux moeurs et aux capacités de communications si passionnantes. Pouvons-nous, encore garder l’espoir de les revoir aussi nombreux et détendus ?