Impression soleil d’enfants

Aujourd’hui je vais partager avec vous le processus qui a donné lieu à la création d’une série de photographies urbaines intitulée : Impression soleil d’enfants et, si vous le voulez bien, recueillir votre avis.

Plaisir simple

Dans notre monde contemporain rempli de stress né de la pression du résultat, de violence, de conflits, de bruits, de buzz, de fake news, de foule permanente, de conducteurs énervés… quoi de plus rafraichissant, énergisant, apaisant que de voir des enfants jouer ensemble ? Innocence, Insouciance, Spontanéité un mélange qui redonne goût à la vie.

Il m’arrive parfois, puis-je vous l’avouer, de suivre des enfants quelques minutes dans un parc. De m’assoir sur un banc à proximité d’une aire de jeux pour m’offrir ce plaisir simple qui m’apaise et me met en joie .

Seulement un tel comportement, n’est-il pas étrange aujourd’hui ? Une telle façon de faire est celle d’un pédophile n’est-ce-pas ? D’ailleurs si vous persistez à le faire, le « regard oblique » que les passants portaient autrefois sur « les amoureux des bancs publics », se porte aujourd’hui, uniquement sur vous. Vous ressentez très vite le poids des regards lourds. L’impression de soupçons et de reproches est palpable. Un sentiment de gêne vous gagne rapidement. Le côté « rafraichissant, énergisant, apaisant » vous quitte bientôt. Le stress revient. Vous vous sentez finalement obligé de repartir rapidement rejoindre les adultes tristes, pressés, stressés, énervés… et tout habillés de gris ou de noir et absorbés par leur smartphone.

 Reflexe photo

Pour un photographe, cela devient bien pire, vous l’imaginerez facilement ! La tentation est si forte en effet de faire quelques photos de cette joie qui éclate sans cesse en de grandes gerbes colorées et sonores. Mais alors, les soupçons de pédophilie deviennent encore plus manifestes… D’autant que la photo animalière n’a pas fait de moi un adepte du grand angle. Souvent mon boitier est équipé d’un zoom « protubérant » et ce même en ville. Je suis plus éloigné des enfants que si j’avais  un grand angle, mais finalement l’impression donnée est bien pire.

Femme ou Mère

Curieusement, il est particulièrement facile de rentrer en contact avec des femmes seules. J’ai réalisé cela un jour que j’essayais un nouvel objectif dans un parc. J’avais besoin de « choses » qui se déplaçaient vite et en tous sens pour tester mes réglages de mise au point. Les chiens qui jouent à la balle ou avec un bâton étaient parfaits. Au bout de quelques clichés, les femmes qui les promenaient, venaient à moi souriantes. Elles entamaient aimablement la conversation. Elles s’intéressaient à ma pratique et admiraient au travers moi leur chien si impressionnant. Souvent même, elles me donnaient spontanément leur 06 ou leur mail pour que je leur envoi quelques clichés de leur « magnifique et adorable » chien. (Je ne connais rien mieux si vous êtes intéressés…)

Un tel comportement serait tout à fait imaginable, et tout aussi compréhensible, pour la mère d’un enfant « magnifique et adorable ». Mais ne le croyez pas cela ne m’est jamais arrivé ! Quand vous persistez  à faire des photos d’enfants dans un parc malgré les regards obliques, il arrive régulièrement qu’une personne vienne à vous. Un père par exemple, et son regard est alors d’un noir profond. Vous pouvez oublier le sourire, il n’est jamais là. L’air est mal aimable et les questions sont tout de suite agressives. Et puis si quelqu’un doit donner les moyens d’être recontacté c’est plutôt vous… Peut-être que leur enfant n’est pas « magnifique et adorable ».

Réseau sociaux et médias

Mais ce ne sont pas les seuls comportements étranges de nos contemporains. Le paradoxe médiatique en est un autre. Beaucoup rêvent de devenir célèbres ou pour le moins connus. Ils sont de plus en plus nombreux à faire « manière de People ». Ils les « suivent » et les admirent, les imitent dans leur selfies et « Post » une quantité astronomique de photos, parfois même très intimes, sur Facebook et sur Instagram sans se soucier de leur devenir.

Dans la rue, certains se précipitent derrière un journaliste filmé  pour un reportage en direct. Être vu à la télé, être celui qui a fait coucou derrière le journaliste au 20H ou être interviewé par BFM, voilà le nouveau Graal ! Dans les manifestations, ou lors d’un évènement quelconque, ils sortent leur smartphone et filment en continu. Les chaînes de télé sont inondées de proposition de reportage… les autres finissent sur Facebook.

Mais les photographier est interdit !

Droit à l’image

Aujourd’hui, ce n’est décidément plus comme avant mon brave monsieur (ou ma brave madame, puisqu’il y en a aussi). Il y a le fameux « droit à l’image ».  Ou plutôt, ma fille juriste, interviendrait de suite si je persistais, ce que le public a compris du droit à l’image ! On peut le résumer ainsi je crois :

« Mon Image » m’appartient à « Moaa » et vous n’avez pas le droit de la prendre et de l’utiliser sans « Mon accord » et « Surtout Pas » pour la mettre sur votre site ou sur les réseaux sociaux.

On croirait entendre Levy Strauss décrire les croyances de quelques peuples « primitifs », ou plutôt « premiers » comme on dit aujourd’hui, expliquer que les prendre en photo c’est voler leur âme. En plus d’être pédophile, je deviendrais donc le diable voleur d’âme ! 

Pour ceux que le sujet passionne : Cliquer ici

Plus officiel et plus simple mais peut-être trop justement : Cliquer ici

Heureusement, il reste des gens non atteints de ces syndromes. Une photo ne les dérange pas. Ils nous faut les prendre très vite en photo, car ils sont hélas, comme les éléphants, les lions… en voie de disparition eux aussi.

Renoncement

Certains photographes de rue ont décidé de ne faire que des photos de silhouettes ou de reflets, d’autres de personnes vues de dos. Cela ne me tentait pas vraiment. Lassé de tout cela, je renonçais… 

Et puis, après un week-end entier passé dans des musées parisiens à admirer des peintures impressionnistes… Dans la nuit du lundi, la solution surgit en moi : ne devrais-je pas m’en inspirer ? Il est dit que, contrairement à l’académisme, le peintre impressionniste cherche à reproduire son interprétation du réel pas le réel. Il cherche à saisir le motif dans sa fugacité, les jeux de lumière et la représentation du mouvement. Il peint pour partager une impression.

Le « sacrifice des détails »

Les questions s’enchaînaient cette nuit là. Ne devrai-je pas revenir aux tendances du pictorialisme ? Renouer avec le « sacrifice des détails » pour « trouver une intériorité » ? Seulement tenter de capter l’impression, l’insouciance, la joie, le mouvement. Pourquoi la photographie est-elle condamnée à faire des images nettes alors que la peinture, la sculpture n’y sont pas contraintes ? Ne pas perdre l’essentiel, les gerbes de bonheur et de couleurs, au profit de détails « accessoires » et, du fait du droit à l’image, « risqués ». Le flou « interdit », « incompris » en photo n’était-il pas la piste à suivre? La reproduction parfaite de la réalité, la netteté, le piqué… n’encouragent pas les « sensations », les « impressions » mais juste la reconnaissance. Sacrifier les détails permet d’inciter à découvrir, à ressentir. Le flou provoque le perceptif, la netteté appelle le cognitif.

Pour ceux que le sujet du flou en photo passionne : Cliquer ici

Pour ceux que le sujet de l’esthétisme des aberrations optiques passionne : Cliquer ici

Alors qu’en animalier toutes les photos insuffisamment nettes et piquées passent irrémédiablement à la poubelle, le flou, le mouvement, la superposition… me titillent sans cesse en photographie urbaine (voir par 1 / 2 / 3 / 4 ).

Rester flou

Le flou a pas mal d’avantages.

En voyant des photos floues, beaucoup de gens se disent, vous peut-être aussi, que le photographe est bien maladroit. Les parents encore davantage, quand il s’agit de photos de leur « magnifique et adorable » enfant. Je resterai sûrement un « malade », mais ils me laisseraient peut-être faire…

« En même temps », comme les visages sont flous, les personnes ne sont pas reconnaissables… Je ne leur porte pas bien sûr pas atteinte.  Elles ne sont pas non plus le sujet principal. Comme pour les impressionistes, je ne capterai que des « impressions fugitives » et la « mobilité des phénomènes lumineux ». Le droit à l’image de « Moaa » serait peut-être respecté…

Et puis, il me suffit de faire voir une photo ou deux pour prouver que je ne suis ni pédophile, ni diabolique, juste « étrange, maladroit et un peu fou » !

« Impression d’enfants » était née… La série ne fait que commencer, car « l’impression » des bonheurs d’enfants, les éclats de joie et de couleurs m’émeuvent et me font du bien.

Et vous ?

À suivre…

PS : Les photos présentées ici, ne sont pas les habituelles photos de photographie animalière que vous voyez sur ce site. Je suis encore plus avide que d’habitude de vos commentaires, suggestions et remarques : Cliquer ici

Impression soleil d’enfants