Le brocart propriétaire

L’été, c’est la période du rut des brocarts. Chacun rêve de passer l’été sur un vaste territoire dont il est le propriétaire.

À chacun son territoire

Et qui dit reproduction, dit jolie chevrette et absence de concurrence.

Finis l’hiver où l’on pouvait voir des troupes de 5 ou 8 chevreuils, dont plusieurs brocarts, ensemble dans un pré. Le printemps a vu les comparaisons et les confrontations. L’itinérance des jeunes adultes et des adolescents. La mise au pas des jeunes « prépubères ». Aujourd’hui les territoires sont attribués et garent à ceux qui contesteront. 

Les chevrettes ont été recherchées puis poursuivies pendant des jours. Jusqu’à ce qu’une enfin accepte les avances d’un beau brocart et rejoigne son territoire. 

Comme nous vous l’annoncions, le terrain où est le photographe, lui aussi a été attribué et est défendu. Le propriétaire est un superbe brocart en pleine maturité. Il a pour compagne une splendide chevrette, qu’il ne quitte plus depuis déjà un moment. Quand il arrive parfois que l’on voie la chevrette seule, le brocart n’est pas loin et souvent apparaît très vite.

Un dîner en tête à tête

Le couple mange très souvent ensemble. Hier soir le dîner était aux environ de  21H30. Bien tard hélas pour le photographe, puisque le soleil était parti et que la nuit pointait déjà son nez.

Ils sont arrivés ensemble, rut des brocarts oblige, et ont parcouru la prairie reverdie par les pluies de ces derniers jours, mangeant de-ci de-là, les nouvelles pousses. 

Le dîner était serein et durait depuis un moment déjà. Le photographe faisait quelques clichés, ennuyé par la très faible lumière de ce dîner tardif, qui de plus se déroulait un peu loin de lui. Il patientait espérant que les gourmands allaient se rapprocher et lui permettre de prendre une optique plus courte mais plus lumineuse avant que la nuit ne soit là.

Malheureusement…

Le « propriétaire », depuis un moment déjà semblait soucieux. Le photographe a craint que ce ne soit le bruit de son appareil qui le troublait. Mais pas vraiment, car il semblait de plus en plus concentrer son regard à l’opposé du photographe. Celui-ci s’en réjouit alors doublement. Il se dit que peut-être un brocart concurrent allait apparaître et un combat commencer. Ou alors, peut-être un renard… Toujours, il rêve…

Le photographe scrute dans la même direction que le brocart mais ne voit rien. Soudain, la scène se fige. le brocart cesse de manger et fixe l’endroit en question. La chevrette fait de même. Le repas est stoppé et ne reprend pas même après quelques minutes d’observation. Le photographe laisse tomber son appareil (c’est une formule vous imaginez bien qu’il ne ferait pas une chose pareille !), et prends ses jumelles.  Il regarde attentivement mais ne voit toujours rien.

Et puis soudain, les deux chevreuils déguerpissent en courant très vite. Ils ne viendront pas plus près, c’est fini. Le photographe attend de découvrir ce qui les a dérangés. Les minutes passent, le jour trépasse ! Et enfin, ça y est, là-bas, effectivement là où les chevreuils fixaient leur attention, trois sangliers apparaissent.

Il est 22h, bien trop tard pour faire une photo. Le photographe abaisse la vitesse au maximum, monte encore les Iso. Il sait que la photo sera très mauvaise, même en noir et blanc, mais il veut juste écrire la fin de l’histoire avant de tout ranger.

(Pour les connaisseurs, les images qui suivent les deux premières, ont été prises au 700mm puis au 500mm entre 9 000 et 25 600 iso ! La photo des trois sangliers est faite avec un 500mm, F5.6 au 1/30ème à 25600 iso. Ils sont à 75 mètres. Pour ceux à qui ces chiffres ne parlent pas, il est recommandé en général de ne pas descendre en vitesse en dessous de l’inverse de la focale, dans ce cas 1/500 ème. Pour mémoire, mais c’était dans une autre vie, la sensibilité des films argentiques était en général de 50 à 400 iso.)

Le couple est dérangé dans son dîner…