Photographier des animaux : un genre mineur ?

Photographier des animaux, un acte créatif?

Curieuses questions diront certains, et pourtant à considérer les remarques et pratiques dans le milieu de la photographie, professionnelle ou amateur, on peut se poser ces questions.

Le monde du « Off »

À  regarder le nombre d’expositions en musée ou galeries, le nombre de concours organisé par les clubs ou fédérations de photos consacrés, même temporairement à ce genre de photographie, on peut se convaincre facilement que la photographie animalière est un genre pour le moins mineur. Ce n’est donc pas de l’art, restons modestes, mais cela ne rentre pas non plus dans la catégorie documentaire comme le prestigieux, à juste titre, photojournalisme.

Bien sûr il y a de nombreux festivals ici ou là, d’ailleurs très fréquentés par le public « ordinaire », mais il s’agit d’une une vie à part dans des lieux improvisés, à l’écart de la culture et de l’art, ou de la photographie officielle et reconnue. Le plus important en France étant celui de Montiers-en-Der. Mais avez-vous souvent vu une exposition d’un photographe animalier à la MEP ? Aux rencontres d’Arles? À Paris Photo. Certes il existe quelques très rares galeries comme Blin plus Blin mais là n’est pas la « vraie vie ».

Des tirages anciens existent

Pourtant la photo animalière existe depuis de nombreuses années. Il est même possible de présenter de fabuleuses photos réalisées à la chambre au début du siècle dernier et même en fin du précédent. Certaines photos en noir et blanc, comme il est de bon ton de l’être pour la photographie qui s’expose, existent et sont splendides tant au niveau de la « scène » photographiée que de la mise en oeuvre technique et esthétique. Ces photos sont doublées, un peu comme aujourd’hui, d’histoires extra-ordinaires sur les conditions de leur réalisation (cf. les pionniers de la photographie animalière). Mais point de rétrospective. Les pionniers restent des inconnus.

L’acte créatif, le style personnel, l’esthétisme peuvent être là !

Certes de trop nombreuses photos amateurs, avec un animal cadré plein centre, de loin sur un arrière-plan très chargé, réalisées à l’occasion au travers les grilles d’un zoo ou lors d’un voyage de noces avec un smart phone ou une tablette, ne méritent pas que l’on s’y arrête très longuement. Ni les photographies que l’on trouvait jadis dans nos livres de sciences naturelles ou nos dictionnaires. 

Mais photographier des animaux, ce n’est pas que cela. Il suffit pour s’en convaincre de voir les photos de certains grands comme Nick Brandt ou Vincent Munier, pour n’en prendre que deux, ou celles primées dans un concours comme le European Wildlife Photographer of the Year par exemple pour voir le champ du possible.

Un art complet et difficile

La photographie animalière, nécessite d’apprendre à connaître les animaux afin de les trouver, de les approcher, et surtout de savoir se comporter face à eux. Il faut savoir faire durer le plus possible une rencontre qui de toute façon sera brève et pour cela savoir interpréter leur communication. Savoir bouger sans les effrayer afin de trouver la meilleure lumière, le meilleur angle, travailler sa composition, son cadrage… à très grande vitesse. Toutes choses bien différentes de la photo de paysage ou de studio car le temps presse et nos marges de manoeuvre sont faibles.  

Photographier des animaux, c’est aussi apprendre à maîtriser son matériel. Son boîtier tout d’abord pour trouver très vite le meilleur réglage, que ce soit la mise au point, la vitesse, la profondeur de champ ou la sensibilité iso. En animalier les scènes sont rapides, furtives. Elles se déroulent tôt le matin ou tard le soir, donc dans des conditions de lumière qui peuvent être superbes mais toujours difficiles. De plus, ces photos sont en général réalisées avec des grandes focales 300 à 1000 mm ce qui renforce encore la difficulté technique.

Contrairement à ce que certains imaginent, et disent parfois, il ne suffit pas de déclencher quand on est devant un animal comme dans un zoo.

Un « art » reconnu et apprécié du public

Si le monde de l’art et de la photographie semble bouder la photo animalière, ce n’est pas le cas du public qui est de plus en plus passionné et attiré par ce genre de photos. Chacun peut constater au quotidien la chute impressionnante de la biodiversité dans son jardin, en bord de mer ou dans les parcs urbains. Ces photos sont, comme beaucoup de leurs sujets en voie de disparition, cela leur donnera-t-il dans le futur davantage de valeur aux yeux des spécialistes de l’art ou seulement à ceux des historiens ?

Le public qui fréquente en nombre les festivals et les expositions en  » off « , en tout cas ne s’y trompe pas dès à présent. Il sait faire la différence et apprécie la qualité. Heureusement d’ailleurs, car c’est notre plaisir de les faire ainsi, d’en parler et de partager notre passion…

Photos d’expositions

Noir et Blanc